15 mars 2012

Moralisme ou éthique?

Moralisme de la contrainte ou éthique des passions généreuses ? Le match du siècle.

 

 

La contamination des passions, enjeu décisif d’une démocratie réinventée.

 

 

Moralisme et violence

 

 

On se propose ici de parler du moralisme et de la violence qu’il produit. Violence feutrée ou explicite. Celle de l’arrogance ou celle de la guerre. On se propose de montrer aussi que c’est le moralisme qui est au coeur autant du libéralisme et des social-démocraties que des états autoritaires.

C’est trois fois le même moteur mais qui tourne à des régimes différents.

Mais, à l’opposé, on se propose de montrer également la manière dont l’éthique envisagée

comme contagion spontanée des passions heureuses représente un autre versant de la réalité des humains et qu’ainsi le monde n’est pas perdu. Car une chose est sûre, c’est qu’il ne s’agit pas de faire la chasse au moralisme pour, à la place, vanter les mérites d’on ne sait quelle éthique moralisante.

Si les idéaux de la liberté sont au fond toujours passés à côté c’est à cause de ça, que le bonheur devrait être conquis par la mise en oeuvre quotidienne et appliquée d’une petite morale du devoir, même si on la baptise dans l’eau fraîche de la vertu et du respect. Ou alors, confondant éthique et moralisme, de penser que l’une autant que l’autre entravaient la génération supposée spontanée du désir et mettaient de la gène dans le plaisir.

S’il n’y a de morale que du devoir, celui de se forcer parce qu’on vous force, il n’y a d’éthique que de ce qui se joue dans la rencontre d’élans heureux qui vous portent. Il n’y a donc de plaisir que dans cette communication nécessairement généreuse des passions qui est l’éthique même.

 

En effet, est-ce le déchainement d’une immoralité débridée ou celui d’un cynisme jouisseur qui sont à la source de ce qui ravage laTerre et de ce qui la plonge dans un délire apparent de désordre et d’incohérence ? Non, paradoxalement, c’est la cruelle exigence d’ordre et la cohérence poussée jusqu’à la folie qui sont propres au moralisme. La violence, la guerre et les crises sont filles de «  la bonne éducation » et de la discipline. « Choc des civilisations », dit-on, comme si les deux extrêmités du même monothéisme pareillement défiguré s’opposaient d’être l’une  le contraire de l’autre. Elles se haïssent d’être semblables et d’engendrer un pareil moralisme qui assujettit et lamine tout.

Quant au cynisme, il est autant la face cachée que l’effet du moralisme et il est la manière chic et distanciée d’en être le zélé serviteur.

 

Le moralisme et les idéologies moralisatrices mènent notre civilisation.

 

 

Certes, le présent système économique mondialisé asservit tout. C’est lui qui assujettit les humains, massacre la planète, intoxique les écosystèmes et noie l’information dans les océans doucereux du fantasme et du mensonge. Car il apprécie d’endormir ses victimes pendant qu’il les sacrifie.

Mais cette effrayante machinerie n’est pas la cause ultime du laminage universel auquel nous assistons. La cause ultime c’est bel et bien le moralisme car c’est bien l’incarnation économique du moralisme que représente la grande marchandisation dont il est le carburant.

 

Mais, qu’est-ce donc que le moralisme ?

 

 

Le moralisme n’est pas un trait de caractère qui reviendrait à se montrer un peu rigide dans ses comportements. Le moralisme est ce mode de relation qui consiste pour un état, un groupe, un clan, une communauté, une entreprise, une famille ou un individu à exercer une domination individuelle ou collective sur des humains - enfants, élèves, étudiants, salariés, électeurs, citoyens, consommateurs ou spectateurs – en leur présentant l’existence - valeurs et actions - comme un ensemble de contraintes auxquelles ils ont l’ obligation de se plier. En ce sens, l’exigence fondamentale dumoralisme est que, sous sa pression autoritaire, chacun se montre capable d’assumer de soi-même ces contraintes en manifestant sons sens de la responsabilité et en prouvant son mérite. Et si le moralisme, universellement répandu, ne cesse de triompher, c’est de développer la fierté de ceux qu’il assujettit en leur laissant croire, alors qu’ils ne sont mus que par la peur de ceux qui les contraignent, que c’est à eux que cette responsabilité et ce mérite reviennent. Le moralisme, et là résident la subtilité de sa perversion et le secret de son efficacité, fabriquant des humains abusés mais fiers, fait donc dans l’ensemble assez peu de révoltés.

 

Le moralisme est plein à craquer de toutes les intensités de la violence et de la guerre.

 

 

Cela dit, outre qu’il ne présente pas la vie comme une partie de plaisir puisqu’il s’applique à en gâcher le goût et qu’il n’incite à l’action que par la crainte qu’il produit, le moralisme, en postulant qu’il incombe à tout individu de se révèler suffisamment fort pour fournir la preuve de sa propre responsabilité et de son autonomie, nie le caractère constitutivement relationnel de l’être humain. Autrement dit, en niant du même coup le fait que, par nature, l’être humain est existentiellement dépendant, le moralisme ne professe pas seulement une contre-vérité mais représente le déni même de l’éthique. Car il révèle au fond par là qu’il consiste à tenir pour responsables de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font ceux dont, précisément, on a la responsabilité. Dans ces conditions, le moralisme, qui agit avec violence et d’une violence, fût-elle implicite, aussi dévalorisante qu’elle est frustrante, sème chez ses innombrables victimes un goût aussi précoce pour la vengeance que pour la soumission. C’est ainsi que le moralisme fait naître chez le dominé le désir du pouvoir pour pouvoir à son tour dominer ou bien le désir de se donner  de l’importance en se consolant dans la consommation fébrile d’objets et, si possible, en suscitant la jalousie. Ainsi, l’énorme dose de rancoeur et d’assujettissement que le moralisme contraint à avaler se voit subtilement compensée par la jouissance sans cesse renouvellée des intensités de la violence qui constitue son imparable conséquence. Et c’est l’intensité de cette violence qui, en en faisant la véritable séduction, fait du moralisme la véritable aliénation. Car elle passe volontiers pour l’intensité maximale de la jouissance de vivre, par conséquent comme le régime maximal de la vérité de la vie. Qui ne voit que l’orchestration médiatique de cette violence est la promotion incessante del’esthétique rutilante et pommadée désormais universelle du moralisme ? Pour autant, les humains sont-ils condamnés à se dresser contre le moralisme et la violence en se forçant, en prenant sur eux-mêmes et, qui plus est, en cherchant à s’appuyer sur la « morale » ?

 

L’éthique, contagion des passions heureuses, elle, est bourrée à craquer des intensités de la paix.

 

 

Eh bien non ! Car entre humains existe aussi l’éthique en face de laquelle le moralisme ne tient pas. L’éthique, c’est juste le contraire du moralisme. L’éthique c’est spontanément, sans forcer, mu par des passions heureuses dont on a été soi-même contaminé, apporter le monde à ceux dont on a la charge comme une gourmandise sur un plateau. L’intensité grisante n’est donc pas un régime d’existence qui serait réservé à celui qui se venge et asservit.

 

L’éthique, envisagée comme la contamination immédiate et heureuse des passions, montre que la paix qu’elle est à même d’instaurer peut vivre de l’ardeur infinie de la vraie révolution se révélant comme la tentation de la bonté.

 

Nous voulons réinventer la démocratie parce que nous voulons établir enfin la justice. Or, la justice, avant même de se préoccuper de distribuer de manière équitable ce qui matériellement doit revenir à chacun, ne consiste-t-elle pas pour un Etat à se donner les moyens de garantir à tout citoyen de devenir dépositaire de passions bienveillantes dont il éprouvera nécessairement le bonheur de les partager ? La justice serait que quiconque puisse bénéficier de ces intensités là. Autrement dit, hors de toute exhortation moralisante, vouloir redéfinir une politique dont la substance fondamentale soit réellement démocratique, c’est permettre que l’école, l’économie, la santé et la justice deviennent les lieux où d’innombrables intensités se développent et s’ouvrent au partage. Cette politique sera écologique parce que dès lors que des humains ont propension à s’ouvrir aux autres humains ils manifestent nécessairement les prévenances les plus amicales envers

la Nature

et que changer les rapports de l’homme à la nature revient à laisser s’ instaurer des rapports nouveaux entre les humains.

 

 

Démarrer cette politique peut se faire rapidement. Les passionnés sont déjà là, leur nombre est immense et, s’il y a une chose dont on est sûr, c’est qu’ils s’impatientent.

 

On s’apprête à tenir ici  deux rubriques,

l’une, le  «Moralisme à froid»

l’autre, le«Moralisme à chaud»

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Cela fera cinq domaines à examiner,

 

L’éducation, l’entreprise, la santé, la justice, la culture et les médias

 

 

La perspective générale sera d’analyser cette permanente promotion du niais comme acteur économique et comme citoyen majeurs qui est une des caractéristiques de notre société dite « postmoderne ».

A très bientôt .

Posté par nchevallier à 17:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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